Relire Bourdieu

Autour de la parution du nouvel ouvrage des Pinçon-Charlot, un dossier né d'une envie de réagir à l'actualité à travers des textes de Bourdieu et de ses continuateurs.

Pierre Bourdieu , quand l'intelligence entrait enfin en politique ! 
1982-2002

quand l'intelligence entrait enfin en politique ! 1982-2002

Cerf

L'ensemble des observateurs s'accorde à repérer une inflexion majeure dans le parcours intellectuel de Pierre Bourdieu entre 1982 et sa disparition en 2002. Alors que sa sociologie revendiquait de longue date une dimension " critique ", l'engagement de Bourdieu dans le mouvement social de 1995 accélère un positionnement plus ambitieux. Il entend, en effet, offrir un substitut attractif à un référent marxiste totalement démonétisé et redéfinir les termes d'une pensée radicale.
D'une part, l'ennemi est clairement identifié : la " mondialisation néolibérale " qui plie les sociétés aux lois du marché et détruit les acquis de l'Etat-providence. D'autre part, une nouvelle avant-garde est désignée : il ne s'agit plus d'un parti de type léniniste mais d'une élite intellectuelle adossée aux ressources de la sociologie critique, qui apportera aux forces de résistance la rigueur scientifique et la lucidité politique qui leur font trop souvent défaut.
Enfin, la " Pensée Bourdieu " s'emploie à définir une " utopie rationnelle " et à proposer à la multiplicité des mouvements sociaux un horizon concret d'émancipation. Pourtant deux considérations nous incitent à nuancer la portée de cette mutation. Bourdieu n'est jamais revenu sur la détestation que lui ont toujours inspirée les principes et les procédures démocratiques. De plus, il aura porté à son paroxysme une -célébration de la figure de l'intellectuel critique qui était déjà au coeur de son engagement sociologique.
Au final, la visée utopique qui était la sienne se résumera à une stratégie plus modeste afin d'ancrer un vrai " pouvoir intellectuel " au sein d'une société qui subordonne toujours plus l'autorité des intellectuels à leur visibilité médiatique.


Le Président des ultra-riches, Chronique du mépris de classe dans la politique d'Emmanuel Macron

Chronique du mépris de classe dans la politique d'Emmanuel Macron

Zones

14,00

« Macron, c'est moi en mieux », confiait Nicolas Sarkozy en juin 2017. En pire, rectifient Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Huit ans après Le Président des riches, les sociologues de la grande bourgeoisie poursuivent leur travail d'enquête sur la dérive oligarchique du pouvoir en France.

Au-delà du mépris social évident dont témoignent les petites phrases du président sur « ceux qui ne sont rien », les auteurs documentent la réalité d'un projet politique profondément inégalitaire. Loin d'avoir été un candidat hors système, Emmanuel Macron est un enfant du sérail, adoubé par les puissants, financé par de généreux donateurs, conseillé par des économistes libéraux. Depuis son arrivée au palais, ce président mal élu a multiplié les cadeaux aux plus riches : suppression de l'ISF, flat tax sur les revenus du capital, suppression de l'exit tax, pérennisation du crédit d'impôt pour les entreprises… Autant de mesures en faveur des privilégiés qui coûtent un « pognon de dingue » alors même que les classes populaires paient la facture sur fond de privatisation plus ou moins rampante des services publics et de faux-semblant en matière de politique écologique.

Mettant en série les faits, arpentant les lieux du pouvoir, brossant le portrait de l'entourage, ce livre fait la chronique édifiante d'une guerre de classe menée depuis le cœur de ce qui s'apparente de plus en plus à une monarchie présidentielle.


Sur l'État, cours au Collège de France, 1989-1992

cours au Collège de France, 1989-1992

Le Seuil

30,40



Transversale à l’œuvre de Pierre Bourdieu, la question de l’État n’a pu faire l’objet du livre qui devait en unifier la théorie. Or celle-ci, à laquelle il consacra trois années de son enseignement au Collège de France, fournit à bien des égards la clé d’intégration de l’ensemble de ses recherches : cette « fiction collective » aux effets bien réels est à la fois le produit, l’enjeu et le fondement de toutes les luttes d’intérêts.

Ce texte, qui inaugure la publication des cours et séminaires du sociologue, donne aussi à lire un « autre Bourdieu », d’autant plus concret et pédagogue qu’il livre sa pensée en cours d’élaboration. Dévoilant les illusions de la « pensée d’État », vouée à entretenir la croyance en un principe de gouvernement orienté vers le bien commun, il se montre tout autant critique à l’égard de l’« humeur anti-institutionnelle », prompte à résumer la construction d’un appareil bureaucratique à une fonction de maintien de l’ordre social.

À l’heure où la crise financière permet de précipiter, au mépris de toute souveraineté populaire, le démantèlement des services publics, cet ouvrage apporte les instruments critiques nécessaires à une compréhension plus lucide des ressorts de la domination.


Les Héritiers, Les Étudiants et la culture
13,50

Si l’école aime à proclamer sa fonction d’instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer – et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer – les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu’elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en “ dons ” personnels. À partir des statistiques qui mesurent l’inégalité des chances d’accès à l’enseignement supérieur selon l’origine sociale et le sexe et en s’appuyant sur l’étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l’analyse des règles – souvent non écrites – du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l’influence des inégalités économiques, le rôle de l’héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d’autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.


La théorie de Pierre Bourdieu et ses usages sociologiques, Sociologies contemporaines

De tous les sociologues français du XXe siècle, Pierre Bourdieu (1930-2002) est sans doute aujourd’hui le plus connu et le plus controversé. Son œuvre foisonnante a durablement marqué le champ intellectuel en France et dans le monde. À l’origine d’une nouvelle théorie du monde social qui s’appuie sur des concepts clés tels que l’habitus, la violence symbolique ou le champ, Pierre Bourdieu s’attache à mettre au jour la réalité des rapports sociaux pour mieux la dénoncer. 
Cet ouvrage présente trois dimensions centrales de l’œuvre de Pierre Bourdieu : sa réflexion épistémologique sur le métier de sociologue, l’élaboration de ses principaux concepts d’analyse à travers l’étude de domaines particuliers (école et culture) et enfin sa théorie de l’espace social. Dans chacun des chapitres, sont présentés des travaux d’auteurs qui ont poursuivi la réflexion de Pierre Bourdieu ou qui s’en sont inspirés. 
C’est en s’intéressant aux apports et aspects critiques de la sociologie de Pierre Bourdieu que peuvent être saisies l’importance et la nature de son influence intellectuelle aujourd’hui. 

Anne Jourdain et Sidonie Naulin sont doctorantes en sociologie, normaliennes et agrégées de sciences économiques et sociales.